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 Véronique se fait toujours trop rare pour les ecrits. Enfin quelques lignes de sa main.

Transat, voilà son petit nom.

 

 

L’océan, rien que l’océan et toujours l’océan sous nos pieds. Et pourtant, tellement variable, amenant chaque jour ses couleurs différentes et son relief liquide changeant. Et puis le ciel, si inconsistant et si puissant. C’est lui qui soumet l’océan, son calme aplatit l’eau et son vent lève les vagues. Il s’impose visuellement. Il se transforme en jour et en nuit. 

Notre bateau secoué protège et emporte tous nos repaires terrestres. Seul élément solide, il maintient sa stabilité dans la cohue des vagues, aidé par le vent qui le pousse. Nous nous laissons emmener , jouet de l’attraction terrestre. Et nous attachons tout, et nous nous tenons. Rien ne peut être déposé impunément sans subir la loi de Newton. Tout en est compliqué.

Chaque heure nous apporte ses vols de poissons volants dérangés par notre passage. Chaque jour nous livre ses oiseaux marins, petits océanites noirs  que le large abrite. Et puis, à l’occasion, un paille-en-queue qui porte si bien sa plume, un fou de bassan à l’œil inquisiteur ou une frégate impressionnante. Des dauphins vifs et excités s’amusent devant notre coque, des baleines jouent dans notre sillage. Un thon rouge infatigable nous escorte pendant deux jours alors qu’un requin placide dédaigne notre compagnie.

Le ciel étoilé s’illustre de ses histoires anciennes et modernes, Orion combat toujours le Taureau et Eridan, fleuve des enfers serpente indéfiniment entre l’Horloge et le Fourneau. Et tourne la voûte au gré des quarts et voilà la Vierge,  le Corbeau et la Croix du Sud. Que de contes à se raconter, que d’images à réinventer !

Mais le voyage est aussi intérieur. Le temps, l’espace réduit et la fatigue nous mettent à nu, les masques tombent. Nous sommes vrais, entiers dans nos qualités et nos défauts exacerbés. Gare à celui qui ne trouve pas en lui les ressources pour être de bonne compagnie avec lui-même.

Mille après mille, quart après quart, l’espace et le temps devant le bateau se réduisent. L’arrivée se précise. La terre guettée se concrétise dans la brume lointaine.

Après seize jours de navigation, nous atterrissons.

Bonjour de la Martinique !

                                    Véronique

Véronique raconte
© 2012